Quels mots une IA utilise-t-elle quand elle cherche ?
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Pas les mots de votre client. Une IA qui cherche sur le web reformule la question en plusieurs recherches, avec ses propres mots : des noms de sources, des types de documents, des années, et souvent l’anglais. Sur nos questions posées en français le 15 septembre 2026, 95 % des réponses de ChatGPT comportaient au moins une recherche en anglais, 75 % chez Gemini et 32 % chez Claude. ChatGPT lance une dizaine de recherches par réponse, Gemini trois, Claude deux. Ces mots ne se devinent pas : il faut poser la question aux IA et relever leurs recherches.
Pour quel type de question ? Tout dépend de la question. Quand elle nomme une marque ou une source, l’IA reprend ce nom dans ses recherches et va la chercher. Quand elle ne nomme rien, l’IA choisit elle-même les mots, et donc les sources.
Une question devient plusieurs recherches
Les éditeurs le documentent. Google a présenté en mai 2025 la technique de « query fan-out » d’AI Mode, qui découpe la question en sous-thèmes et lance simultanément une multitude de recherches ; sa documentation pour les sites indique que les AI Overviews et AI Mode peuvent y recourir. Anthropic précise que Claude décide seul de chercher, que la recherche peut se répéter plusieurs fois dans une même réponse, et qu’une question factuelle simple demande en général une à trois recherches, une recherche comparative dix ou plus.
Nous lisons directement ces recherches dans les réponses des modèles. Sur nos questions du 15 septembre 2026, ChatGPT a lancé en médiane dix recherches par réponse, avec des écarts de quatre à vingt-quatre. Gemini en a lancé trois en médiane, Claude deux. Chaque recherche ramène ses propres résultats : une page peut être trouvée par une recherche que l’utilisateur n’a jamais tapée.
Des recherches en anglais, même pour une question en français
La langue de la question ne fixe pas la langue des recherches. Sur nos questions posées en français, environ 56 % des recherches de ChatGPT étaient rédigées en anglais, 42 % chez Gemini et 14 % chez Claude ; 95 % des réponses de ChatGPT contenaient au moins une recherche en anglais. Le sujet de ces questions, la visibilité dans les IA, est très documenté en anglais, ce qui pousse ce chiffre vers le haut.
Le phénomène ne se limite pas à ce sujet. Sur une dizaine de secteurs d’activité interrogés en français, près de la moitié des pages ramenées par les trois IA étaient en anglais. À l’inverse, sur les mêmes questions posées en anglais, Claude n’a ramené aucune page française. Une entreprise qui ne publie qu’en français laisse donc de côté une partie des recherches lancées sur des questions pourtant posées dans sa langue.
Des noms de sources, des types de documents et des années
ChatGPT écrit souvent dans sa recherche le nom de la source qu’il veut consulter : un éditeur, une administration, un média. Sur nos corpus, une large majorité de ses appels de recherche nomment ainsi un éditeur, de 72 à 91 % selon le corpus, contre 3 à 40 % chez Claude. Environ la moitié des recherches de ChatGPT désignent aussi un type de document, comme un guide, une documentation officielle ou une réglementation. Sur nos questions du 15 septembre, 15 % de ses recherches visaient même un site précis avec l’opérateur « site: ».
Les années apparaissent aussi : 18 % des recherches de ChatGPT et 17 % de celles de Claude contenaient une année, contre 1 % chez Gemini. Ces mots racontent ce que le modèle cherche vraiment : une source qu’il connaît, un document d’un certain genre, une information datée. Une page qui ne porte aucun de ces signaux a moins de chances d’apparaître dans les résultats de ces recherches.
Où ces mots comptent dans une page
Les mots des recherches de l’IA comptent pour le choix du passage cité, pas pour le choix de la page. Chez Claude, un paragraphe qui reprend au moins un tiers des mots de la recherche du modèle est cité 5 à 8 fois plus souvent qu’un paragraphe qui n’en contient aucun. Dans le titre, en revanche, les mots que l’IA ajoute à la question n’aident pas : ils ont fait baisser les citations chez Claude sur nos premiers corpus et n’ont eu aucun effet sur les suivants.
Ahrefs, sur ChatGPT 5.2 en avril 2026, observe que les titres des pages citées sont proches de ces sous-questions internes. Les deux mesures ne portent pas sur la même chose : une proximité de sens chez Ahrefs, la présence des mots chez nous. La règle pratique qui en ressort est simple : la question de l’utilisateur dans le titre, le vocabulaire des recherches de l’IA dans les paragraphes.
Google pose une limite claire à cette pratique. Dans son guide sur l’IA générative mis à jour le 10 juillet 2026, il écrit qu’il peut être tentant de créer un contenu séparé pour chaque variante de la façon dont les gens cherchent, y compris pour les recherches reformulées par l’IA, mais que le faire principalement pour manipuler les classements ou les réponses de l’IA enfreint sa politique contre l’abus de contenu à grande échelle. Il ajoute qu’il n’est pas nécessaire d’écrire d’une manière particulière pour l’IA, ses systèmes comprenant les synonymes. Connaître les recherches des IA sert à mieux répondre à une vraie question, pas à multiplier les pages.
Quand l’IA comprend autre chose que la question
Relever les recherches montre aussi les contresens. Sur la question « Ce qu’on lit sur le GEO est-il vrai ? », les trois IA ont compris autre chose que l’optimisation pour les moteurs d’IA : Gemini et ChatGPT ont cherché si le magazine GEO est fiable, Claude a cherché une organisation. Sur « Le titre d’une page compte-t-il pour être cité par une IA ? », ChatGPT a cherché si un titre est protégé par le droit d’auteur, et cité Légifrance.
Un mot à plusieurs sens peut donc envoyer l’IA sur un autre sujet, et avec lui les sources qu’elle consulte. Ces erreurs ne se voient pas dans la réponse finale, qui paraît cohérente ; elles se voient dans les recherches. C’est une raison de plus de mesurer avant d’écrire.
Ce que cela change pour une entreprise
Écrire pour les IA en partant des mots-clés du SEO classique ne suffit pas : l’IA ne cherche pas avec les mots de votre client, et pas forcément dans sa langue. Il faut connaître, question par question, les recherches que ChatGPT, Claude et Gemini lancent réellement, puis en tenir compte dans des pages qui répondent vraiment, plutôt que de multiplier les pages par variante, et prévoir une version anglaise quand les recherches partent en anglais.
C’est la méthode suivie pour cette rubrique : chaque question a été posée aux trois IA, et leurs recherches ont été relevées avant l’écriture. Les pages que FaireDuBruit diffuse pour ses clients sont aussi publiées en anglais, pour les recherches qui ne se font pas en français.
Ce que nous ne savons pas
Nos relevés de langue reposent sur une détection automatique simple, qui laisse une part de recherches indécises ; les pourcentages sont donc des ordres de grandeur. Les recherches observées sont celles de l’API des modèles, qui peuvent différer de celles de leurs interfaces grand public.
Sources
- Google, Elizabeth Reid — mise à jour d’AI Mode et « query fan-out », .
- Google Search Central — « AI features and your website », .
- Anthropic — documentation de l’outil de recherche web de Claude, .
- Ahrefs, Louise Linehan — « Why ChatGPT cites pages », .
- Google Search Central — « Optimizing your website for generative AI features on Google Search », .
- Mesures FaireDuBruit, du 4 au 16 septembre 2026 — voir « Comment nous avons mesuré ».
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